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INTRODUCTION

Une putain de vie,

une putain d'histoire

Tu veux en savoir plus

sur ce gars à l'est ?

C'est simple.


Avec ta souris ou ton pad,

il te suffit de glisser vers le bas.



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UN GARS

 L'EST

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Si comme moi, cette histoire te semble digne d’être entendue, viens, je t’emmène à la découverte de la vie de René Taesch. Un gars à l’Est, une putain de vie, une putain d’histoire.

UN GARS À L'EST  -  Une putain de vie, une putain d'histoire

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Moi, c’est Benjamin Pontis. J’ai 24 ans et je suis étudiant en journalisme. C’est à Fougères, petite ville d'Ille-et-Vilaine, en Bretagne, que je suis né au début de l’année 1992. Après une licence en Information et Communication, puis un master 1, j’ai enfin quitté ma région natale. Destination l’est de la France, où j’ai débuté une formation en Journalisme et médias numériques à l’Université de Lorraine, à Metz.




Pour valider cette formation, chaque étudiant devait réaliser un webdocumentaire en tant que projet de fin d’études. Pour ma part, je désirais réaliser un ou plusieurs portraits. Mon souhait était de pouvoir tisser, fil après fil, des histoires. Des histoires que l’on a pas l’habitude d’entendre. Des histoires de personnes "invisibles" et qui ont pourtant tant de choses à nous apprendre. Tant de chose à nous raconter. 


"On pense à Sans famille d'Hector Malot, ou aux Ritals de Cavanna, jusqu'à Sur la route de Kerouac. Mais c'est du René Taesch, un pur produit du bassin minier lorrain."


Denis Robert, préface de Rue des singes (2007)


Vendredi 20 novembre 2015. Alors que le soleil commence, petit à petit, à laisser sa place aux vents glacés de l’Est de la France, René et moi avons rendez-vous. Il a choisi le lieu. La terrasse du Troubadour, un bar situé près de l’Université de Metz. Il est seize heures. René n’est pas en retard. Je suis simplement en avance. 



Alors que ma cigarette se consume, et que mon verre se vide, une fumée blanche se dessine au loin. De longs cheveux blonds coulent le long de son grand manteau noir. Sa tignasse, lui donnant un faux-air de rockeur des années 1980, se dissimule sous un béret noir. "Une casquette" me reprendra-t-il. Une barbe blanche vient compléter le visage déjà encombré d’une cigarette qui ne cesse de cracher de la fumée. Sa dégaine me fait penser à celle d'un vieux loup de mer. 



Grand par la taille, mais pas seulement. René en impose. De prime abord, il m’intimide. Dans l’attente de ses premiers mots, je m’apprête à entendre une voix similaire à celle d’un fumeur de longue date. Une voix rauque. Peut-être même des cris. En fait, je n’en sais trop rien. Mais dès lors qu’il a ouvert la bouche, j’entends une voix tout à fait apaisée. Un son si calme que l’on pourrait s’attendre à l’arrivée imminente d’une tempête. Mais là, c’est plutôt une accalmie. Une douceur qui en dit long sur le personnage. Ses yeux viennent le confirmer. Derrière ses lunettes, un bleu océan humide vient dévoiler une certaine fragilité.




Avant même d’évoquer le projet que l’on pourrait réaliser, nous commandons à boire. René tient absolument à me payer mon verre. Sa gentillesse est omniprésente. Tellement que cela peut en devenir embarrassant. Toutes les deux phrases, il tient à se faire pardonner de ses bafouilles, de ses rares moments d’égarement… parfois même, il s’excuse, et je ne comprends pas pourquoi fait-il cela. 


Notes à la main, je commence à lui poser quelques questions pour en savoir plus sur lui. Je désire comprendre son parcours. Pendant cet échange, il se roule de nouveau une cigarette. Une feuille, puis du tabac… mais pas de filtres, si ce n’est un carton volé sur le dos de son paquet de feuilles. Je lui tends alors un filtre qu’il refuse. René s’en fiche. Il n’a jamais eu de filtres dans sa vie. Il n’en a jamais eu besoin. Et c’est sans filtre qu’il désire continuer de vivre. Et c’est aussi sans filtre qu’il veut raconter son histoire. 



Pendant plusieurs semaines, – crayons à la main, appareil photo et caméra sur le dos – je suis parti à la rencontre de René Taesch, de son univers et de son histoire. Ensemble, nous avons retracé sa vie en revenant sur les lieux marquants de son histoire, que ce soit à Forbach, à Saint-Dié-des-Vosges, ou encore à Metz. Nous avons tenté de comprendre les choix qu’il a effectué. Nous avons discuté… par simple envie d’écouter son histoire. "Un gars à l'est - Une putain de vie, une putain d'histoire" est le fruit de ce travail.   



À L'EST

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Au cours de ma réflexion, j’ai obtenu l’aide de mon directeur de mémoire, Jean-François Diana. Après lui avoir exposé ma démarche, celui-ci m’a indiqué l’une de ses connaissances. "C’est une gueule, tu vas voir. Je pense que son profil collera parfaitement à ce que tu recherches" m’a-t-il dit. Parfait. Cette gueule dont il m'a parlé, c'est René Taesch.




Quelques recherches plus tard sur Internet, j’y ai découvert, pêle-mêle, un portrait de Libération de 1997, une semi-page Wikipédia, un article de Rue89 datant de 2007. Mais aussi des liens vers des sites de vente en ligne comme Amazon, une page Facebook, ou encore des annonces d’expositions… Ce René Taesch m’a alors semblé pas si "invisible" que cela.




Alors que je commençais à remettre en doute ce choix, j’ai tout de même voulu le rencontrer. Son histoire avait l’air… incroyable. Et qui sait ? Peut-être que cela collera parfaitement à mon idée de départ comme me l’avait soufflé mon directeur de mémoire. C’est ainsi que je l’ai appelé. Puis après lui avoir exposé mon projet et mon désir de le rencontrer, nous avons convenu d’un rendez-vous quelques jours plus tard. 

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Mais non. René a bel et bien 64 balais. 64 années d’une vie que l'on pourrait aisément qualifier de mouvementée. Une vie incroyable, mais une vie que l’on ne souhaiterait pas vivre. Une vie forçant le respect tant il faut de force et de courage pour pouvoir la surmonter. Une vie que même le romancier le plus sadique qui puisse exister n’aurait eu l’audace, ni même l’idée, de l’écrire.




René a connu la pauvreté, la noirceur des mines et la verdure de la nature. Il a effectué les quatre cents coups et frôlé la mort à plusieurs reprises. Il est devenu un "orphelin sans que ses parents soient morts". Il a enchaîné les familles d’accueil, l’enfermement au foyer, ainsi que la prison. Il a essuyé des coups. De nombreux coups.




Il a rêve, aimé, puis enfanté. Il a rêvé, trompé, puis abandonné. Il s’est relevé. Il s’est drogué, s’est saoulé. Il a galéré, il a roulé. Il a connu la chaleur des maisons et la froideur de la rue. Il a travaillé, s’est fait viré, a démissionné. Il a mangé la lecture, savouré la musique, dévoré la photographie. À chaque fois, il est tombé. Et à chaque fois, il n’a jamais renoncé. 




René a tout du héros romanesque. À une exception près. Son histoire est réelle et elle a commencé au début des années 1950. Cette histoire s’est fait connaître dans les années 1990 avant d'atteindre son apogée avec Rue des singes, un récit autobiographique préfacé par Denis Robert, journaliste messin. Cette histoire, je l'ai découverte en 2015.


 

Il s’appelle René Taesch. Au début de l’année 2016, il a eu 64 ans. Une année de plus pour ce vieil homme à la barbe blanche et aux cheveux blonds qui aime flâner dans les rues de Metz avec son vélo. 64 ans. Cela semble pourtant bien difficile à croire tant les traits de son visage semblent gravés depuis bien plus longtemps. Comme mangé par la vie, la gueule de René vient trahir une vie diamétralement opposée à celles qui se targuent d’être des longs fleuves tranquilles. Les rides qui serpentent sur son portrait lui offriraient bien volontiers quelques années supplémentaires.